Est-ce que je peux venir voir un psychologue même si je ne veux rien changer ?

Peut-on consulter un psychologue si l’on ne souhaite pas changer ? Cette question peut paraître paradoxale, mais il s’agit d’une question que se posent plusieurs patients. Répondons sans tarder : oui, bien sûr, il est possible de venir consulter même si l’on ne souhaite pas changer. À partir du moment où vous ressentez le besoin ou l’intérêt de rencontrer un psychologue, vous êtes légitime et en droit de le faire.
Le psychologue n’attend pas quelque chose de particulier de la part de ses patients. Il cherche à les écouter, à les comprendre et à les accompagner au mieux selon la demande du patient. Si vous ne souhaitez « rien changer » mais que vous voulez tout de même rencontrer un psychologue, il doit y avoir un intérêt pour vous. Que ce soit pour parler, pour se sentir écouté, pour se sentir soutenu, pour réfléchir, pour « se décharger »… Peu importe, vos raisons seront suffisantes.

Pourquoi certaines personnes ne souhaitent pas changer

D’une part, il est important d’avoir en tête que changer peut avoir des significations très différentes en fonction des gens. Et parfois, ce qui est considéré comme un non-changement par quelqu’un peut être vu comme du changement pour quelqu’un d’autre. Pour certains patients, le changement est vu comme des actions ou des modifications importantes dans leur vie ou dans leur relation. C’est ce qui est craint : une modification de sa vie et de ses repères. Or, réfléchir ou avoir un autre point de vue sur une situation peut parfois être un changement. Il est parfois possible de se sentir mieux en ayant « simplement » parlé et perçu différemment une situation.

« Changer » peut ainsi avoir de nombreuses significations différentes. Qu’est-ce que cela signifie pour vous ? Gardez bien une chose en tête : le psychologue ne va pas vous pousser à changer des choses que vous ne souhaitez pas changer. Le but du psychologue est de trouver avec vous ce qui vous correspond et, si ce n’est pas le changement, alors ce n’est pas le changement.

Consulter sans vouloir que le symptôme disparaisse

C’est une autre situation qui peut sembler paradoxale, mais qui est assez fréquente, notamment dans les troubles alimentaires et particulièrement l’anorexie. Il est fréquent dans l’anorexie de vouloir aller mieux, mais de ne pas vouloir changer son comportement alimentaire.

Ne pas vouloir changer et même ne pas vouloir que le symptôme disparaisse n’est pas si illogique. Le symptôme peut constituer un repère, et entamer un changement signifie ainsi perdre un repère structurant. Plus encore, le symptôme constitue parfois une manière active de se rassurer, même si cela peut faire souffrir. Pour bon nombre de patients souffrant d’anorexie, l’anorexie est une forme de contrôle rassurant. Perdre ce contrôle paraît parfois encore plus insupportable que ce que l’anorexie cause comme souffrance. Il ne s’agit pas de mauvaise volonté, mais d’une crainte d’aller encore plus mal.

Il est ainsi fréquent de vouloir aller mieux, mais de ne pas vouloir — ou, pourrions-nous aussi dire, de craindre — un changement dans sa vie et par rapport à son symptôme. Si tel est le cas, cela n’est pas opposé à la rencontre d’un psychologue et à un suivi thérapeutique. C’est bien toute la possibilité d’un travail commun de comprendre et d’identifier tous ces facteurs pour déterminer ce qui vous permettrait de vous sentir mieux.

Il est donc tout à fait possible de consulter un psychologue sans désir clair de changement. Le travail thérapeutique peut porter sur la compréhension, le soutien ou l’élaboration. Une psychothérapie n’est pas une transformation imposée ni des changements ou des objectifs établis par le psychologue. C’est un travail orienté vers vos besoins à vous, patient.

Références bibliographiques
Miller, W. R., & – Rollnick, S. (2012). Motivational interviewing: Helping people change. Guilford press.
– Prochaska, J. O., & DiClemente, C. C. (1983). Stages and processes of self-change of smoking: toward an integrative model of change. Journal of consulting and clinical psychology51(3), 390.
– Schmidt, U., & Treasure, J. (2006). Anorexia nervosa: Valued and visible. A cognitive‐interpersonal maintenance model and its implications for research and practice. British journal of clinical psychology45(3), 343-366.
– Bedi, R. P., Davis, M. D., & Arvay, M. J. (2005). The client’s perspective on forming a counselling alliance and implications for research on counsellor training. Canadian Journal of Counselling and Psychotherapy39(2).